In Memoriam
MÈRE MARIE SAINT HILAIRE  |  MME POCHOY - MME DE VAUCRESSON  |  MME QUARTA   |  SOEUR PAULINE  |  Mère Thérèse Marie
Ce sont deux personnalités exceptionnelles qui ont quitté cette terre en juin dernier. L’une comme l’autre ont connu du XXe siècle, et dans leur propre vie, ses tragédies et ses renaissances. Ignorant la fatigue et le découragement, l’une comme l’autre l’ont traversé avec curiosité, intelligence et générosité, dans les jours difficiles et dans les jours heureux. Toutes deux sont passées de La Providence à La Tour quand les deux établissements fusionnèrent au début des années 60. Pour toutes deux l’enseignement fut le prolongement de ce qu’elles furent pour leurs familles : des éducatrices.

Madame POCHOY (1915-2009) avait grandi au Cambodge avant de faire ses études de droit à Paris. Pendant cinq ans, séparée de son mari par la guerre, elle servit dans la Croix-Rouge . En 1945, elle réussit à se faire engager comme officier de liaison sous son nom de jeune fille pour pouvoir suivre son mari volontaire pour l’Indochine où les familles n’étaient alors pas admises. Les circonstances firent qu’ils servirent à Calcutta. Ils y restèrent vingt ans. Après avoir quitté l’armée, tout en élevant ses trois enfants, elle y enseigna le français à l’Alliance française, comme elle l’avait fait en Pologne auprès des princesses Czartoryska avant son mariage. Rapatriement des réfugiés d’Indochine, Mère Teresa… C’est l’Asie qui marquera sa vie, et elle consacrera une grande partie de sa longue retraite à l’étude du chinois et à l’accueil des immigrés asiatiques.

Lorsqu’elle entra à La Providence en 1965, ce sont toutes ces qualités d’esprit et de cœur qu’elle mit au service d’un enseignement particulièrement ouvert. Riches de ses vastes connaissances littéraires et historiques, ses cours ne faisaient pas seulement revivre le passé, ils aidaient à comprendre le présent, et ouvraient la réflexion des élèves qui lui étaient confiées sur l’avenir du monde, ce monde qui la passionnait et qu’elle contribuait de toute son énergie à rendre plus lisible et meilleur.

Professeur passionnant -« C’est fou ce qu’elle sait de choses Madame Pochoy ! » disaient les élèves-, collègue délicieuse aussi, ouverte à tous les registres professionnels et humains. Parler avec elle, travailler avec elle, c’était éprouver le plaisir que donne le commerce d’un esprit cultivé, rompu à la réflexion, aussi éloigné du pédantisme que de la superficialité. Tous ceux qui l’ont connue ne pourront oublier son sourire joyeux et attentif, ni son regard pétillant du désir ardent de connaître et de comprendre, de donner et de recevoir, de se mettre à la place de l’autre en restant soi-même, d’établir des ponts entre l’Orient et l’Occident, entre les hommes.

Madame Pochoy aurait pu reprendre à son compte la parole de Térence : « Rien d’humain ne m’est étranger. »



Madame de VAUCRESSON (1909-2009) garda toujours des liens étroits avec La Providence dont les religieuses, bien avant qu’une de ses filles n’entre dans la congrégation, avait accueilli ses cinq enfants après la guerre, puis elle-même comme enseignante dans des circonstances difficiles. Dès son arrivée à La Tour, elle trouva dans l’établissement une place privilégiée, et elle la conserva bien après sa retraite. Son excellent enseignement de l’anglais fut d’emblée une référence, non seulement par sa qualité, à un moment où il devenait celui d’une langue vivante, mais par sa connaissance de l’histoire et de la culture du monde anglo-saxon. Qui de ses élèves a oublié son cours sur le discours que Churchill adressa au peuple anglais le 13 mai 1940 ? Elle avait de surcroît des intuitions pédagogiques novatrices et les mettait volontiers en œuvre en interdisciplinarité.

Mais Madame de Vaucresson avait une autre présence à La Tour, une place qui ne pouvait appartenir qu’à elle. Israélite de naissance, elle se convertit au terme d’une profonde évolution spirituelle après son mariage. Décorée de la médaille de la Résistance au titre du ministère de la Guerre, elle ne put malheureusement empêcher qu’une grande partie de sa famille mourût à Auschwitz. Toute sa vie devint alors un trait d’union entre le judaïsme et le catholicisme, un plaidoyer pour le pardon, un témoignage de la grandeur de l’homme à travers la Shoah. Après sa retraite, elle anima pendant de nombreuses années un groupe de catéchèse en terminale intitulé « Connaissance du judaïsme ». Pour cela, elle commença l’étude de l’hébreu à 72 ans. L’impact de sa parole était tel qu’à La Tour s’ajoutèrent Franklin, Ginette, Lübeck, l’aumônerie de Janson de Sailly... Lors de sa dernière intervention à La Tour -elle avait 90 ans-, comment oublier cette élève s’approchant d’elle à la fin de son témoignage pour lui dire simplement « Madame, est-ce que je peux vous embrasser ? ».

Parler, écouter, faire réfléchir, ses enfants, ses petits-enfants, ses élèves mais aussi ses « fils adoptifs » en France et en Afrique du Sud où une autre de ses filles est petite sœur de Jésus, tel fut le charisme de Madame de Vaucresson.

Ces deux grandes dames nous ont quittés, et nous le ressentons comme une perte. Mais la tristesse que nous en éprouvons ne peut que devenir action de grâce : Toutes deux furent des vivantes ! Toutes deux étaient prêtes à entrer dans la Vie !

Madame Landry
Ancienne directrice de La Tour
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