Professeurs et Religieuses
MAIS OÙ SONT PASSÉES...  |  HERMINE DE KERGOS-BOUYER  |  MADEMOISELLE CONTANT
UN PROF, UNE EMPREINTE

Parmi les professeurs emblématiques, Mademoiselle Contant a enseigné l’Histoire, la Géographie, et l’instruction civique à La Tour, de 1963 à 2003 (soit 40 ans x 120 élèves en moyenne). Maintenant retraitée mais toujours pas la langue dans sa poche, elle a répondu à nos questions :

- Si je n'avais pas enseigné l'histoire, j’aurais été avocate. Mais dans ce temps-là, c’était un métier de garçon.
- La période de l’histoire que je préfère se situe entre 1870 et maintenant : une époque qui s’appuie sur les institutions et les mécanismes économiques ; bref, les bases du régime démocratique.
- Oui, l’actualité me passionne toujours autant, même si je suis effarée de la médiocrité du paysage politique d’aujourd’hui.
- Si j’ai vu passer plusieurs générations d'élèves, et s’ils ne sont bien sûr pas les mêmes maintenant, c’est surtout mon regard sur eux qui a changé ; je suis devenue plus maternelle…Il y a aussi eu l’arrivée des garçons il y a quelques années, qui a rendu les filles plus muettes.
- L'enseignement de l'histoire-géographie aujourd'hui a cela qu’il diminue le rôle des professeurs en laissant les enfants deviner, c’est dommage : je déplore le pédagogisme.
- La méthode ? Il n’y en a pas, comme disait Maigret. Quelques recettes pourtant : dire une fois pour toutes qui est le boss. Sans autoritarisme. Pas de copinage. Etre exigeant avec soi-même, en bonne santé, bien dans sa peau… Toute faiblesse est repérée par les 30 monstres qu’on a en face de soi. Il faut sentir son public, générer l’empathie : et même s’il y a toujours 3 casse-pieds, 4 génies et 3 qui dorment ; il faut touiller tout cela …Il m’arrivait souvent pourtant de sortir d’un cours où le courant était vraiment passé. Cela peut être un véritable acte d’amour. On est un comédien sur scène pendant une heure, séducteur, cabotin.

Ses anciennes élèves se souviennent :
- Je n'ai adoré l'Histoire qu'à cause d'elle et je lui dois une fière chandelle ! Je la revois comme elle arrivait tous les matins quand elle était notre " maîtresse de classe". Sa petite silhouette. Le talon blanc, qui attaquait le couloir, la botte luisante zippée jusqu'aux genoux qui tricotait d'un pas ferme la salle de classe, la jupe courte qui se fendait légèrement sur des collants très mats, quand elle grimpait la marche de l'estrade. Un modèle de Courrèges, en effet, mais qui n'appartenait qu'à elle : réinventé et légèrement décalé. Elle posait son mini cartable sur le bureau et l'ouvrait avec des gestes précis. Elle sortait ses notes, ses cahiers, comme si nous n'étions pas là... Le cheveu très très court, balayé de mèches blondes ou cendrées, la peau éclaircie par un fond de teint, les sourcils peints et redessinés, la bouche petite et magnifiquement rouge ... Ce qui me fascinait c'était combien tout, dans son apparence, était pensé, chiadé : le vernis allait avec le collier, qui lui-même allait avec la couleur du chandail... Et pourtant il n'y avait rien en elle, mais rien, de conventionnel, ni d'attendu, ni d'ennuyeux ! C'était la vie même. La vie et la liberté ! Il suffisait qu'elle attaque avec son accent du sud, léger, chantant, pour qu'elle aimante la classe... Ensoleillée, claire, directe, intègre, elle ne pratiquait pas la langue de bois, lançait ses phrases avec des expressions qui n'appartenaient qu'à elle : " Ce que vous pouvez me bassiner avec vos airs de princesse », ou nous interpelait « camarade + nom de famille » Elle semblait ne pas plaisanter - et sans doute ne plaisantait-elle pas -, mais elle savait nous comprendre et nous faire rire. Surtout elle nous conduisait fermement, retenant notre attention d'une façon si subtile que nous ne nous rendions même pas compte de son talent. Elle reste l'un des professeurs dont je garde un souvenir presque ému. La revoir, inchangée, toujours si vive, si complice et si libre lors de la réunion des Anciennes d'il y a – ahem - déjà 6 ans, fut pour moi une vraie joie, l'un des moments magiques de cette soirée ! Alexandra.

- Nous avons aujourd'hui la nostalgie de ses cours… Un professeur formidable qui n’avait pas besoin d’élever la voix pour se faire entendre… Quelle passion elle a su transmettre … pleine de dynamisme et d’humour - quelquefois à nos dépens - exigeante et très juste, elle avait une maîtrise parfaite de la matière et de sa projection.
Certainement le meilleur prof d'histoire géo que nous ayons jamais eu.

Elle avait l'art de nous présenter des situations et de nous faire réfléchir pour que nous trouvions, compte tenu des différents éléments en présence, ce qui était arrivé et pourquoi. Cette façon d'enseigner non seulement rendait les cours très vivants mais faisait qu'à la fin du cours tout était clair et était rentré dans nos têtes... sa coquette silhouette sa coupe unique à la garçonne toujours impeccablement habillée maquillée et coiffée… j'en oubliais le prof pour écouter cette femme me racontait l'Histoire.


Caroline Marie-Pascale Emanuela Brigitte
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